LE BARÈME
Couverture du roman Le Barème

« Roman » · à écouter, à lire

Le Barème

2076. Périodiquement, chacun reçoit une convocation. Un chiffre en sort, calculé par un système que presque personne ne comprend et que tout le monde connaît : le Barème. Ce « roman » suit quelques-uns de ceux qui le traversent — ceux qui l’administrent, ceux qui le subissent, et ceux qui font les deux à la fois.

Chapitre 1Convocation8 min
chapitres
42
de narration
7 h 11
pistes musicales
43
parties
3

La frise · un segment = un chapitre, sa largeur = sa longueur

IL'instruction

  1. 1
  2. 5
  3. 10

IILes épreuves

  1. 15
  2. 20
  3. 25
  4. 30

IIILe verdict

  1. 35
  2. 40

Le « roman »

Élie Adeyemi reçoit sa troisième convocation. Comme dix-neuf ans plus tôt pour sa mère, comme pour tant d’autres, il va devoir passer devant le Barème — le dispositif qui, depuis des décennies, évalue, classe et départage, dans un monde où les ressources et le temps qui reste ne suffisent plus pour tout le monde.

Autour de lui, des évaluateurs qui croient à la justesse de leur grille, des familles qui attendent une lettre, des fonctionnaires qui ne savent plus très bien ce qu’ils servent. 42 chapitres, plusieurs voix, un même système — et la question qui traverse tout le livre : non pas s’il faut un barème, mais comment on en vient à l’accepter.

Le monde de 2076 est aussi volontairement dépouillé de technologie : pas de téléphone, pas d’IA. Un choix pour concentrer le texte sur les relations entre les personnages, et sur l’acceptation du système — comment réagit une génération qui n’a jamais connu autre chose ?

La démarche

Le Barème a été écrit à deux : George Avisol et Claude, l’intelligence artificielle d’Anthropic. Le processus n’a rien d’automatique — l’univers, les personnages, les enjeux narratifs et chaque décision d’écriture viennent de l’auteur. L’IA intervient comme partenaire d’écriture : proposer des formulations, tenir la cohérence sur plusieurs centaines de pages, retravailler des scènes chapitre après chapitre, en dialogue constant et sous relecture humaine.

La version audio suit la même logique : la narration a été entièrement générée par IA à partir de la voix de l’auteur, avec un outil open source, exécuté en local sur son ordinateur personnel. Les musiques, elles, ont été générées par IA en partie à partir de morceaux composés par l’auteur. Les infographies et le faux podcast, dans les documents associés, sont également générés par IA. Ce site documente aussi cette démarche, sans en faire un argument — seulement un fait, présenté tel quel.

C’est aussi pourquoi j’écris « roman » entre guillemets, partout sur ce site, et non une fois pour toutes dans une page à propos que personne ne lit. Ce n’est pas un roman au sens plein — pas seulement parce que je ne suis pas écrivain, mais parce qu’une partie du texte, de la voix qui le lit, des musiques et des documents qui l’entourent a été produite par une machine. L’appeler roman sans réserve effacerait cette part-là, et laisserait croire à une origine purement humaine qu’il n’a pas. Les guillemets sont ma façon de le dire à chaque fois, plutôt qu’une seule, en petit caractère.

Cette honnêteté-là me semble d’autant plus nécessaire que les documents annexes — infographies, photos, faux podcast — sont eux-mêmes des faux, fabriqués à l’intérieur d’une fiction qui parle de manipulation et de quantification des vies. Les montrer sans détour, en assumant qu’ils sont générés, sert aussi à autre chose : rappeler qu’il est désormais facile, rapide et accessible à n’importe qui de produire ce type de contenu — une infographie qui a l’air officielle, un extrait audio crédible, une photo plausible — sans compétence particulière et sans que rien ne le distingue d’un vrai au premier regard. Le savoir ne protège pas de la manipulation, mais l’ignorer y expose davantage. Documenter la démarche plutôt que la dissimuler est une manière, à mon échelle, d’y contribuer.

Une première lecture

Les personnages du Barème sont comme anesthésiés. Ils ne se révoltent pas — non par lâcheté, mais parce qu’ils sont nés dedans : le système n’est pas pour eux une injustice, c’est le décor. On connaît ça sans avoir besoin de 2076. Les tâches dont personne ne sait plus à quoi elles servent, la machine à café en panne depuis des mois, les procédures que l’on applique en haussant les épaules. On râle, on s’adapte, on continue.

Reste à savoir pourquoi on s’y fait. Une phrase revient dans le texte comme un refrain, et c’est sans doute ce qui le résume le mieux : « On ne devient pas quelqu’un de bien. On devient lisible. » Un système d’évaluation ne peut mesurer que ce qu’il observe, et il finit par ne récompenser que cela. Les personnages ne cherchent pas vraiment à être meilleurs : ils cherchent à en avoir l’air. Tout le livre tient dans cet écart.

C’est pour ça qu’il n’y a pas de méchants dans cette histoire. Personne n’y est tout à fait bourreau, personne tout à fait victime : chacun applique la règle, et chacun la trahit une fois, sur un geste, souvent sans mesurer ce qu’il fait. Ce qui m’intéressait n’était pas le monstre, mais la complicité ordinaire — celle qu’on retrouverait dans n’importe quelle administration, y compris la nôtre.

Le texte porte les marques de son époque. Celles du Covid, quand on a cru un moment à un monde plus sobre, plus solidaire, capable enfin de reconnaître ses services publics — les soignants en premier lieu. Celles des incendies de l’été 2026 en Gironde, ensuite. À chaque fois la même chose : un élan, puis l’oubli, comme si la reconnaissance ne durait jamais que le temps de la crise avant d’être recouverte par la machine qui reprend son cours. Il y a quelque chose de plus profond derrière cette amnésie : des responsables politiques qui ne pensent plus qu’au prochain cycle médiatique, pour qui l’annonce tient lieu d’action et la séquence de communication tient lieu de cap. On gouverne à l’émotion du moment, jamais à l’échelle d’une décennie — et le temps long, celui des crises qui ne se règlent pas en une allocution, n’intéresse personne tant qu’il ne fait pas l’actualité.

On dit souvent que les catastrophes rapprochent les sinistrés. Qu’en serait-il si la catastrophe était mondiale, et permanente ? Que reste-t-il quand les pays, puis les voisins, cessent d’être solidaires — et qu’on se met à penser, tout bas, qu’on est simplement trop nombreux ?

Une autre question traverse le livre sans jamais y être posée franchement : un monde sans enfants a-t-il encore un avenir ? On se bat pour que les siens en aient un, et c’est souvent ce qui fait tenir. Si plus personne ne naît, ce ne sont pas seulement des naissances que l’on perd — c’est la raison de se battre pour l’après.

Et pourtant les personnages restent humains. Ils continuent de se lier, de se rendre des services minuscules, de se couvrir les uns les autres. Le « roman » ne propose ni solution ni révolution : les rébellions y sont discrètes, presque invisibles, un mot qu’on ne dit pas, un regard qu’on détourne au bon moment. C’est peu. C’est aussi ce qui reste quand tout le reste a été mesuré.

Il y a enfin quelque chose d’ironique à raconter l’inhumanité de la quantification en comptant ses propres chapitres, ses scores et ses cohérences avec un soin d’expert en datas.

Une seconde lecture

En creux, une seconde question se pose : celle de l’IA elle-même. Je ne suis pas écrivain, et ce « roman » n’a aucune prétention littéraire — c’est avant tout un objet de curiosité. Mais les technologies d’aujourd’hui permettent de construire, en quelques jours et non plus en plusieurs années, tout un univers cohérent : le texte, la narration audio, les musiques, les documents. Cela pose, du même coup, la question de l’acte de création lui-même : faut-il utiliser l’IA comme partenaire d’écriture, et jusqu’à quel degré ? Quelle place reste-t-il, alors, pour l’humain ? Est-ce une forme de « sous-création », dès lors que le texte est coécrit avec une IA ?

Cela dit surtout un tiraillement entre la fascination pour ces outils et une inquiétude sur leurs effets à moyen terme. Devient-on plus créatif — ou seulement à court terme, avant de devenir, à long terme, plus paresseux et plus ignorant ? Et si l’on finit par faire confiance à l’IA de façon de plus en plus aveugle pour résoudre nos tâches, ne devient-on pas, aussi, plus docile — et donc plus enclin à accepter un système comme celui du Barème ?

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